Les règles
dix minutes, plusieurs téléphones, une frise
L'idée
La platine diffuse trente secondes d'un morceau. Personne n'en connaît l'année. À toi de dire où il se place dans le temps, non pas dans le vide, mais par rapport aux cartes déjà posées sur ta frise.
C'est la propriété centrale du jeu : tu n'as pas besoin de reconnaître le morceau pour jouer. Tu n'as pas à retrouver une date, tu as à la situer. Avant, après, entre les deux.
Le tour
- TirageLe joueur actif tire le morceau en jeu. Ni titre, ni artiste, ni année ne sortent.
- ÉcouteL'extrait passe pour toute la table. Pendant ce temps l'écran reste muet d'informations : rien à lire, rien à regarder qui renseigne. Un délai minimal est imposé par le serveur, pour que personne ne se dépêche de placer et prive les autres de leur fenêtre.
- Contestation, si tu le sensPendant l'écoute, un seuladversaire peut miser un jeton et désigner une fente sur sa propre frise. Le premier à appuyer prend la place. Le bouton s'appelle JE CONTESTE, et il n'y a pas d'autre mot pour ça.
- PlacementLe joueur actif choisit sa fente, et peut y joindre un pari : titre et artiste, annoncés dans le même geste. Le pari voyage avec le placement, il ne se rattrape pas après coup.
- RévélationEngager la fente, c'est révéler. L'année, l'artiste et le titre apparaissent d'un coup. Il n'existe aucun bouton « révéler » : le seul chemin vers la réponse passe par une fente déjà engagée.
Un appui sur une fente la sélectionne, il ne pose jamais. La pose est un second geste, sur le bouton d'action. Rien ne part par accident, et tu peux changer d'avis jusqu'au bout.
Quand plusieurs fentes sont justes
Ta frise contient déjà un morceau de la même année ? Alors plusieurs fentes sont correctes : toute insertion qui laisse ta frise rangée est valide. Ce n'est pas une tolérance, c'est la règle. L'ordre d'une frise n'est jamais figé quelque part : il se relit à chaque fois sur les années.
La résolution
- Placement juste, personne n'a contesté : la carte est à toi.
- Placement juste, contestation posée : la carte est à toi quand même, et le contestataire perd sa mise.
- Placement faux, personne n'a contesté : la carte est brûlée.
- Placement faux, contestation juste sur sa propre frise : la carte part au contestataire, sa mise lui est rendue.
- Placement faux, contestation fausse : la carte est brûlée, et le contestataire perd sa mise.
- Personne n'a joué avant l'échéance : la carte est brûlée, la mise remboursée, et l'absence est comptée. Deux absences de suite, et le joueur sort de la rotation : une partie ne reste jamais bloquée par quelqu'un qui a rangé son téléphone.
Les jetons
Tu démarres avec deux jetons, et tu n'en tiens jamais plus de cinq. Ils se gagnent au pari : nommer le titre etl'artiste du morceau que tu viens de placer juste. L'orthographe est traitée avec indulgence, les accents, la casse, les alias d'artistes et les mentions de remix ne te feront pas perdre un pari gagné à l'oreille.
Ils se dépensent de deux façons : un jeton pour contester, ou trois jetonspour piocher une carte posée d'office à sa place juste. Celle-là compte dans l'objectif comme les autres.
Qui gagne
Le premier à dix cartesbien placées, carte de départ comprise, donc neuf placements réussis. L'objectif se règle à la création du salon : cinq cartes pour une partie courte, entre deux trains.
Ce que tout le monde voit
Les frises sont publiques, années comprises. C'est nécessaire pour pouvoir contester, et c'est exactement l'état d'une table où les cartes sont face visible.
Une seule chose reste secrète, et elle l'est complètement : le morceau en jeu. Son année, son artiste, son titre, et tout ce qui permettrait de les retrouver ailleurs. Tu n'auras pas de pochette non plus : elle trahirait l'album, donc l'année.
Lexique du jeu
Les mots ci-dessous sont ceux de l'interface. Ils ne changent pas d'un écran à l'autre.
- la frise
- ta suite de cartes, rangée de la plus ancienne à la plus récente. C'est ton plateau, et il est public.
- une carte
- un morceau posé sur une frise, avec son année, son artiste et son titre.
- une fente
- un emplacement où insérer le morceau en jeu, entre deux cartes déjà posées ou à une extrémité. Une frise de n cartes offre n + 1 fentes.
- le morceau en jeu
- la carte tirée, écoutée par toute la table, dont l'année est encore secrète.
- la pioche
- la suite des morceaux d'un deck, ordonnée une fois pour toute la partie.
- un deck
- un ensemble de morceaux jouables, thématisé et calibré par décennies.
- une famille
- le regroupement de genres d'un morceau : techno, acid, hardcore, hard dance, electro.
- la platine
- l'appareil qui diffuse l'extrait pour toute la table.
- un salon
- la partie en ligne, rejointe par un code de six caractères.
- un jeton
- la monnaie du tour : se gagne au pari, se dépense en contestation ou en achat de carte.
- le pari
- annoncer le titre et l'artiste en même temps que son placement, dans le même geste.
- la contestation
- miser un jeton pour dire qu'un adversaire s'est trompé, et lui voler la carte.
- la révélation
- le moment où l'année, l'artiste et le titre apparaissent, une fois la fente engagée.
Glossaire de la scène
Le corpus raconte une filiation, des premiers bricolages électroniques aux teknivals. Si un mot te manque, il est probablement ici.
- free party
- une fête libre, autogérée, montée hors circuit commercial : pas de billet, pas de videur, pas de propriétaire.
- la teuf
- la fête elle-même, dans la bouche de ceux qui la font.
- un sound system
- le collectif ET son mur d'enceintes. Les deux sens vivent ensemble : le groupe est ce qu'il transporte.
- un teknival
- un rassemblement de plusieurs sound systems sur plusieurs jours, chacun avec son mur.
- un label
- la structure qui presse et diffuse les disques. Dans cette scène, c'est souvent le sound system lui-même.
- la tribe
- un courant né du nomadisme des convois : rythmes lourds, boucles longues, son sale assumé.
- le hardtek
- la branche française rapide et mélodique, taillée pour les murs de son en plein champ.
- le frenchcore
- plus vite, plus sec, kicks saturés : le versant dur du même arbre.
- la mentale
- une branche sombre et hypnotique, dépouillée jusqu'à l'os.
- l'acid
- le grésillement d'une boîte à basses détournée de son usage, qui a fondé un genre par accident.
- la réduction des risques
- le stand qui informe, hydrate et protège. Sur une teuf, c'est une institution, pas un détail.